Une promesse

Par Jonathan Cusson, Katerine Thériault, Pierre-Luc Lapointe et Rachel Morse

Scène 1 - C'est quoi cet oiseau?

Intérieur, véranda, une saison, deux thés.

PATSY

C’est quoi…
cet oiseau là? 

CLINE

Si je fouille la liste des oiseaux que je connais, je dirais une paruline 
ou un chardonneret. 

PATSY

(oui) Très jaune. 

CLINE

Avec un je ne sais quoi… du rouge, du bleu, 

le manteau brillant de quelqu’un d’autre. 

Quelque chose de pas assez…

PATSY

modeste. 

CLINE

C’est ça.

Je connais peu d’oiseaux, mais je connais leurs plumes. 

PATSY

Je me souviens de la première fois où j’ai ressenti 

ce frisson.

CLINE

…plumes de corneilles, de merles, de goélands…

PATSY

Alors c’est peut-être 

oui, un souvenir. 

CLINE

sans prétention.  

Plumes d’hirondelle, de cardinal… 

PATSY

Je les accroche comme autant de capteurs de rêves. Partout où je vais aller, jusqu’au jour de ma mort, je vais traîner ces plumes-là pour mon plaisir. 

Passage d’une voiture.

Est-ce que c’est une émotion sale?

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Scène 2 - Plaisir démodé

Pendant que les humains rêvent des rêves humains peuplés d’animaux magiques, la prairie réclame du cinéma pour les vaches. Et pour les juments des vêtements multicolores et légers.


Nul ne sera épargné par le désir. Et tous accueilleront avec un plaisir démodé le signal de la grosse Chevrolet argentée. Son moteur tourne et sa radio émet l’appel. Une plume bleue est suspendue à son rétroviseur.


Au loin, les juments sont arrêtées dans leur course. Elles hument. Les nouveaux arrivants portent sur eux une odeur fraîche de lessive. Ils ont entendu l’appel. Ils sortent sans arrêter les moteurs et dévisagent la steppe mauve agitée par une brise. Aucune adresse, aucune rue.

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Scène 3 - Dolly te parle

Tu changes de poste. Tu commences à glisser par la fenêtre. Je te donne naissance côté conducteur. Tu commences ta seconde vie comme un serpent, le ventre au sol.

Pendant que tu découvres des sens nouveaux, la radio de la Chevrolet d’à côté mêle la voix de Dolly Parton au son de son moteur. Sa portière est ouverte. Une femme est étendue au sol. Son visage est frôlé par des brins d’herbe. Les plantes, ici, peuvent être rebelles. Elle observe de près les fibres de la chemise que l’on a laissée là, de la soie. Ses doigts suivent les lignes courbes sur le tissu. Elle écrase son nez dessus. La chemise sent bon. Propre, sans doute pas portée plus de quelques heures. Quelqu’un a retiré sa chemise avant elle. La jument piaffe comme pour lui dire qu’elle a assez folâtré au sol. Elle se redresse et retire son T-shirt qu’elle pose à côté de la chemise. Elle rit, lançant sa tête par en arrière, et constate qu’il n’y a aucun nuage. Un homme nu et rapide court en direction de la forêt, suivi par d’autres dans son genre. Elle rit plus fort. Tu vois, tu n’es pas la première arrivée.

Tes jambes se plient et tu cavales rapidement vers la forêt. Tu y cours à l’aide de tes mains et de tes pieds. Une femme te poursuit. Puis une autre. Tu t’arrêtes et regardes derrière toi. Le soleil se reflète sur les milliers de carrosseries entassées de Chevrolet en tout genre. Il n’y a plus d’horizon. Tu les récites en ordre alphabétique :

Chevrolet 3100, Chevrolet Alero, Chevrolet Apache, Chevrolet Avalanche, Chevrolet Bel Air, Chevrolet Beretta, Chevrolet Biscayne, Chevrolet Blazer, Chevrolet C10, Chevrolet C20, Chevrolet C30, Chevrolet Caprice, Chevrolet Captiva, Chevrolet Chevelle, Chevrolet Chevy, Chevrolet Citation, Chevrolet Corsica, Chevrolet Corvair, Chevrolet Cruze, Chevrolet El Camino, Chevrolet Epica, Chevrolet Equinox, Chevrolet Evanda, Chevrolet Fleetline, Chevrolet Hhr, Chevrolet Impala, Chevrolet K10 Pick Up, Chevrolet K5 Blazer, Chevrolet Kalos, Chevrolet Lacetti, Chevrolet Malibu, Chevrolet Matiz, Chevrolet Monte Carlo, Chevrolet Monza, Chevrolet Nova, Chevrolet Nubira, Chevrolet Orlando, Chevrolet Rezzo, Chevrolet S10 Pick Up, Chevrolet Spark, Chevrolet Sport Van, Chevrolet Ssr, Chevrolet Tahoe, Chevrolet Trailblazer, Chevrolet Trans Sport, Chevrolet Trax, Chevrolet Van Express, Chevrolet Vega, Chevrolet Volt


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Scène 4 - Une promesse

PATSY

Toutes nous entonnons la même chanson de Dolly, reine des vibrations acoustiques des carrosseries perdues.

Un oiseau multicolore passe par-dessus le spectacle motorisé comme une expiration.

Glissement progressif vers l’ambiance du début.

Je sais pas c’est quoi, comme oiseau.
Toute ma vie j’ai cherché sur ma peau cette sensation, ces lignes, ces contacts imperceptibles.
L’été est parfait pour faire le plein. Une fois les manteaux retirés, les vestes tombées, et tout le reste balancé il ne reste plus que la peau, 

(Gorgée de café)

que le cuir de la peau.