Poèmes
Absorber les vues de la ville
Les absorber
Les absorber encore
et aimer davantage
*
Le lampadaire donne à voir
La nuit garde le reste
et on passe
d’un monde à l’autre
*
Pas plus encore
De soir que de jour
Le chandail colle à la peau
en coton ou
polyester
*
L’eau fait un chemin
Trouve le niveau
La montagne en surplomb
Ne bouge pas
*
Les hommes animaux
arrivent à rien
et pleurent en chuintant
en rampant
comme des hommes animaux
*
C’est un paquet de branches
du branchage à une botch
de partir en boucane
dans la gorge
À décider si
on aime mieux la braise
ou les grafignes.
*
Dessiner une maison
Belle sur une colline
Belle son arbre à côté
Belle un chemin de pierre
Belle une famille dedans
et pleurer de joie.
*
Les grandes plaines
sont infranchissables
n’essayez même pas
Contemplez-les
et soyez satisfaits.
*
Pompe à l’eau
Tank à eau chaude
Tes outils serrés loin
c’est pas mangeable ça
*
Inventer des mondes de nuit
Faire autre chose de jour
et courir sauter joindre
esti échapper
esti
*
Fucking la place pas évidente
mais le seul endroit où ça fitte
Pas la place que tu pensais
Une main de chaque bord
les pieds balans juste au-dessus
Qui attendent de se poser
Les bras fatiguent
Ça va être ça
Ce qui écœure c’est que
En tombant
Rien que le son
Tout ce qui continue sans toi
*
Doucement la main qui aime file vers l’ouvrage
Elle tasse l’amas de couvertes
glisse de l’ourlet
Tombe du linge de nuit
Rencontre ton ventre chaud
Traverse une manche
Empoigne pour agripper
Tire et retient
Actionne
Va pointer et gratte
Cherche à revenir vers
Se perdre dans
Vos cheveux
*
J’en aurai-tu un jour assez ramassé de fond de petit vouloir pour coucher tout un arbre de signifiant, tout un qui tire une ombre dans laquelle on peut passer en se disant «ouioui, c’est lui ça.»
Il y en a tellement de forêts que j’ai connu. Des vieilles montagnues avec un bois serré dense, les racines en l’air. Beau et épeurant et long, animé de la grande coulée en chanson de roche et d’eau vive.
Des arbres blancs et rangés en toute civilitude qui se blessent entre eux, qui cherchent un nom sans conséquence pour se protéger.
Une forêt de la dernière sorte, sans pareille après pour revenir s'asseoir au bord de la mer hagarde
J’en ai connu. Des fois, j’en ai fait des amulettes au cou, à oublier, à attendre d’absorber les échardes ou les laisser sortir d'elles-mêmes.
Mes pas d’aujourd’hui se posent dans la plaine et quelque part entre montages et mer et sans nom pour moi-même je me tiens là, tout emboisé d’amulettes et d'échardes, à regarder mon ombre.